Edito

DOUZE ANS DE VIE

Avec l'espérance de vie moyenne que connaissent les Français aujourd'hui, la totalité des dimanches vécus par une personne représente 1/7e de son temps, soit12 années consécutives. C'est considérable. Imaginez des vacances qui durent 12 ans ! Oui mais voilà, chaque dimanche est séparé du suivant par les jours de la semaine. Et s'agit-il vraiment du même dimanche selon les périodes de la vie, selon l'entourage, selon l'état physique, mental ou affectif, selon les métiers, selon les pays ? Et puis qui a dit que le dimanche était un jour de vacances ?

Ce qui semble vrai pour chacun, et depuis longtemps, c'est qu'il s'agit d'un jour à part, souvent plein de promesses, parfois d'espoirs déçus, de rencontres ou de solitudes, d'enracinements ou d'innovations. Comme un sas temporel dans la répétition des jours, comme une séquence de respiration ou d'angoisse, attendue ou redoutée.

Choisir le dimanche comme thème du second numéro de Local.contemporainest le prétexte à rêver et à réfléchir à cette autre grande dimension de chacune de nos vies : le temps. Après l'espace abordé dans le numéro 1, nous avons souhaité questionner l'autre grand axe fondateur auquel nul n'échappe. Mais pour ne pas se faire submerger par le sujet, l'abordage prend le biais du jour de repos, du jour qui échappe à la loi du timing stressant et des actions obligatoires, du moins dans ses figures dominantes parce qu'au creux de cette brèche où se nichent plaisirs et traditions, se repèrent aussi d'autres pressions et d'autres servitudes.



La conscience et les pratiques que nous avons du temps ont considérablement évolué au cours du XXe siècle. La vie humaine individuelle a connu un étirement majeur couplé à une démultiplication prodigieuse de ses rythmes. Ce double processus s'accélère sans cesse, générant des comportements diversifiés où se mêlent survivances archaïques et marqueurs de modernité. En occident, la longueur de la vie s'allonge, les repères biologiques changent, la durée de la vie de couple a triplé en cent ans, l'apprentissage s'éternise, le temps d'activité professionnelle se rétrécit, la retraite devient une épopée… En parallèle, les réseaux imposent leur impératif-présent, notre attention succombe à la tentation du zapping. Il faut faire de plus en plus court, de plus en plus vite. Les micro-temporalités nous mettent à leur service. Nous sommes toujours plus nombreux. Souvent à faire la même chose au même moment. Écartelés entre une idéologie farouchement individualiste et un grégarisme désarmant.

Alors, que faisons-nous le dimanche ? Que deviennent nos quartiers, nos lieux de travail ou d'activités, nos foules pressées ? Tous ces lieux urbains qui se pavanent la semaine, sont-ils remplacés par d'autres ? Découvrent-ils un nouveau visage ? Leur vacance est-elle une démission ? Quels visages offre une nature devenant de plus en plus citadine ?

Personne n'aurait l'idée de souhaiter "Bon mardi" ou "Bon vendredi". La semaine le générique "Bonne Journée !" suffit. Seul le dimanche possède ce privilège d'accéder à une adresse particulière. Signe de sa singularité, de son histoire et des multiples épisodes qu'il met en scène et que ce numéro vous invite autant à retrouver qu'à découvrir.
Bon dimanche !

une initiative de laboratoire sculpture urbaine en partenariat avec la Conservation du Patrimoine de l’Isère, le Musée de Grenoble.

avec les soutiens du Ministère de la Culture / Direction de l’Archiecture et du Patrimoine, du Conseil Général de l’Isère, de la Métro, de la Région Rhône Alpes, de la Ville de Grenoble, de la Ville de Saint Martin d’Heres,

et le concours du Dauphiné Libéré.